Le jour où la chaudière s'arrête, tout va très vite. Un installateur passe, un devis arrive, on signe. À Genève, c'est exactement là que se perdent des semaines et de l'argent, parce que deux ou trois démarches auraient dû partir avant le devis. Voici le parcours dans le bon ordre, du premier appel à la mise en service.
D'abord, ce que la loi genevoise ne dit pas
Commençons par déminer, parce que c'est ce qui fait paniquer les gens. On lit souvent que la loi genevoise impose de remplacer les chaudières à gaz. C'est faux. Aucune date d'interdiction du gaz ou du mazout n'existe dans ce canton, et rien n'oblige un propriétaire à toucher une chaudière qui fonctionne.
Ce que la loi encadre, c'est le jour où vous la remplacez. Ce jour-là, la nouvelle installation doit être alimentée prioritairement et dans toute la mesure du possible par des énergies renouvelables ou par des rejets de chaleur (règlement d'application de la loi genevoise sur l'énergie, art. 13M al. 1, état au 1er novembre 2025). Une chaudière à combustible fossile neuve reste possible, mais elle est soumise à autorisation dès 5 kW, c'est-à-dire pour absolument toute maison. Autrement dit : ici, c'est la chaudière qui doit se justifier, plus la pompe à chaleur. Le régime complet est expliqué sur la page consacrée au remplacement d'une chaudière à gaz ; cette page-ci parle d'ordre et de calendrier.
Un mot sur le contexte, parce qu'il explique pourquoi ce guide existe. Genève est le seul canton romand où le gaz devance le mazout, et sa part y est la plus élevée de Suisse : 43,8 % des 45 161 bâtiments d'habitation du canton au 31 décembre 2025. C'est aussi le canton romand le moins équipé en pompes à chaleur. Le lecteur type de ce site chauffe au gaz, et il est très rarement le premier de sa rue à changer.
Étape 1 — la question du réseau passe avant le choix de la machine
C'est la particularité genevoise, et c'est celle qu'on saute. Depuis le 1er janvier 2025, le canton peut imposer le raccordement à un réseau thermique structurant lors d'un changement d'installation de production de chaleur — donc au moment précis où vous remplacez votre chaudière. Deux conditions doivent être réunies ensemble : que le raccordement permette une utilisation plus rationnelle de l'énergie que les autres sources envisageables, et qu'il reste proportionné pour l'usager (loi genevoise sur l'énergie, art. 22 al. 6).
Deux nuances comptent énormément. D'abord, cette obligation ne s'applique pas aux bâtiments dont la sous-station présente une puissance inférieure à 50 kW : la plupart des maisons et des petits immeubles sont donc hors du champ (règlement, art. 13P al. 2, en vigueur depuis le 9 juillet 2025). Ensuite, être dans une zone d'influence ne donne aucun droit à être raccordé : le règlement de raccordement des Services industriels prévoit expressément que la demande peut être refusée, ou acceptée moyennant une contribution du demandeur aux frais d'extension du réseau.
Concrètement, la carte cantonale des zones d'influence indique si votre secteur est concerné, et la demande d'information thermique auprès des Services industriels donne la réponse pour votre adresse, avec un délai annoncé de trente jours au maximum. Le déroulé de cette demande est détaillé ailleurs, et le régime lui-même sur notre page sur les réseaux thermiques structurants. Retenez le chiffre : trente jours, c'est court quand on anticipe, c'est très long quand la chaudière est déjà froide.
Étape 2 — la subvention se demande avant, jamais après
La requête doit être déposée avant le début des travaux (règlement, art. 21 al. 5). Le barème cantonal applicable dès le 1er février 2026 est plus strict encore : la demande doit être réceptionnée par l'office cantonal de l'énergie au moins quatorze jours avant le début des travaux liés à la subvention. Réceptionnée deux semaines avant, pas envoyée la veille. Un chantier qui démarre trop tôt et l'aide est perdue, définitivement.
Trois conditions coincent régulièrement. La première : l'indice de dépense de chaleur moyen des trois dernières années doit avoir été renseigné auprès de l'office cantonal. Ne pas l'avoir fait bloque le dossier, et beaucoup de propriétaires l'ignorent. La deuxième : la garantie de performance validée de SuisseEnergie se joint à la demande — elle se produit donc avant le chantier, pas en pièce d'après-coup. La troisième : pour une machine air-eau de moins de 15 kW, la certification système-module délivrée par le groupement professionnel est exigée, et la certification Eurovent n'est pas reconnue. La marche à suivre complète est sur la page des subventions genevoises.
Dernier point, honnête : une aide n'est jamais un droit. Elle est accordée dans la limite du budget disponible, et les dossiers complets sont traités par ordre d'arrivée. Un dossier parti tôt est un dossier qui passe.
Étape 3 — l'autorisation : souvent aucune, mais jamais « rien à faire »
Poser une pompe à chaleur à l'intérieur d'un bâtiment existant situé en zone à bâtir est dispensé d'autorisation de construire (loi genevoise sur les constructions, art. 1 al. 12, état au 22 octobre 2025). À l'extérieur, la dispense existe aussi, mais elle suppose six conditions réunies en même temps : l'installation s'intègre au bâti existant ; sa puissance ne dépasse pas 20 kW ; elle ne porte pas atteinte à des intérêts publics prépondérants, notamment en matière de protection du patrimoine ; elle est installée par des professionnels certifiés ; elle respecte les prescriptions fédérales et cantonales sur le bruit ; et ses coûts ne sont pas répercutés sur les loyers des logements existants.
Attention au raccourci le plus courant : dispensé d'autorisation ne veut pas dire rien à faire. Même dispensée, l'installation doit être annoncée avant le début des travaux à l'office cantonal de l'énergie, au moyen du formulaire de déclaration de conformité, accompagné du plan de situation et de la fiche technique (art. 1 al. 15).
Si une seule condition manque, il faut une autorisation. Elle se traite au canton — la commune est consultée pour préavis, et en procédure accélérée le département peut même renoncer à ce préavis. Le délai légal de réponse est de trente jours en procédure accélérée et de soixante jours en procédure ordinaire. Et une règle genevoise joue franchement en votre faveur : pour des travaux qui améliorent la performance énergétique d'un bâtiment existant, une demande de pièces complémentaires ne suspend pas le délai. Le chronomètre continue de tourner.
Étape 4 — vos radiateurs décident du reste
Une pompe à chaleur travaille d'autant mieux que l'eau qui part vers les radiateurs est peu chaude. Le règlement genevois pose d'ailleurs une limite pour les systèmes d'émission neufs ou remis à neuf : 50 °C au maximum, et 35 °C pour un chauffage au sol (art. 12I al. 3). Si vos radiateurs ont été calculés pour de l'eau très chaude, la question se traite au moment du remplacement, pas l'hiver suivant.
Sur un bâtiment d'avant 1980, il y a presque toujours un arbitrage à poser : une machine plus puissante, ou un peu d'isolation d'abord. À l'usage, c'est souvent l'isolation qui coûte le moins cher. Un plancher chauffant fraisé dans la chape existante est une autre voie quand on ne veut pas tout casser. Le règlement demande enfin que tout générateur de chaleur soit équipé d'un dispositif de comptage de l'énergie consommée.
Étape 5 — le chantier, puis l'après
Le canton demande un avis d'ouverture de chantier quatorze jours avant le début des travaux en procédure simplifiée, et trente jours avant en procédure d'autorisation de construire. Et une règle qui ne souffre aucune exception : aucun travail ne doit être entrepris avant que l'autorisation ait été délivrée.
Après l'octroi d'une subvention, deux délais de vingt-quatre mois courent depuis la même date, celle de l'entrée en force de la décision : l'un pour réaliser les travaux, l'autre pour remettre le dossier d'achèvement. Un chantier qui traîne vingt mois ne laisse donc plus que quatre mois pour boucler le dossier final — et rien n'est versé tant que ce dossier n'est pas validé.
Le calendrier, en un tableau
| Moment | Ce que vous faites | Délai à prévoir |
|---|---|---|
| Avant tout devis | Demande d'information thermique aux Services industriels | 30 jours annoncés |
| Étude | Visite gratuite, puissance, emplacement, émetteurs | quelques jours |
| Avant les travaux | Demande de subvention réceptionnée au canton | au moins 14 jours avant |
| Si autorisation | Dossier déposé au canton | 30 jours en procédure accélérée |
| Avant le chantier | Déclaration de conformité et avis d'ouverture | 14 ou 30 jours selon la voie |
| Après | Travaux puis dossier d'achèvement | 24 mois depuis la décision |
Les trois endroits où l'on perd
- On signe avant de savoir. Le devis est prêt, la question du réseau n'a jamais été posée, et elle revient au pire moment.
- On lance le chantier trop tôt. Quatorze jours de retard à l'envoi, et le dossier d'aide tombe.
- On oublie les émetteurs. La machine est posée, la maison ne chauffe pas bien, et le poste radiateurs n'était pas au budget.
La bonne nouvelle : ces trois pertes se règlent avec un seul réflexe, celui de commencer les démarches le jour où l'on envisage le changement, et pas le jour où la chaudière s'arrête. Une visite et un devis ne coûtent rien.